• 30 jours pour écrire

    Réunion des textes présentés pour le challenge 30 jours pour écrire, organisé par une très jolie Clara.
    Un thème, 25 voix qui racontent toutes quelque chose de différent;
    c'est beau, la poésie multiple.

    (j'ai choisi de continuer le challenge, je voudrais prendre 60 jours pour écrire, 60 jours, c'est si court, qui sait ce qui va en sortir ?)

     

  • fuir l'ennui moi aussi j'aimerai vivre en dynamite

    exploser ma réalité voler aux jours ce qu'il ne m'est permis que de désirer

    ne plus attendre jamais jouer à l'étincelle allumer la flamme dans tes prunelles

    et danser dans le brasier de nos corps qui nous noient à petit feu sous ces interdits qui nous coulent

     

    ne plus attendre jamais je veux jouer à cache-cache dans tes souvenirs et gagner

    gagner le droit de gagner tes lèvres me bercer d'absolu partir à l'autre bout des bienséances

    cracher au pied de toutes les convenances et mépriser conventions et corsets sociaux-brutaux

     

    ne plus attendre jamais le jour où j'aurais le droit de poser mes dents sur tes joues

    croquer ta peau douce ta peau de nuit que tu n'enfiles que dans mes fantasmes

     

    fuir l'ennui et l'angoisse de ces journées si posées où je n'ai le droit de te désirer jamais

    fuir l'ennui et le stress et les peurs qui me grignotent la colonne câblée par habitude à l'acide quotidien des quotidiens

    fuir l'ennui et la tristesse et la raison de ces heures où je dois faire semblant de ne pas vouloir ta main

    dans ma main


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  • (jour 29)

    la tristesse est un manque de courage

     

    NON

    négatif

    la tristesse n’est pas un manque de courage non non non négatif capitaine

    être triste ne veut pas dire être lâche non non non non vivre ses émotions demande beaucoup

    de courage assumer d’être triste ou de ne pas l’être - porter ses larmes au front

    pleurer à s’en brûler les yeux - prendre d’un coup le poids d’une vie dans ses seuls

    souvenirs non ce n’est pas être lâche non ce n’est pas être couard la tristesse est

    dure et implacable et tranchante et brûlante et glacée - survivre à la tristesse

    survivre à la tristesse n’est jamais simple et jamais

    jamais jamais lâche


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  • (jour 28)

    sans que jamais ne vienne l’aube

    à l’armée, c’est le mort qu’on célèbre. on lui donne des médailles et de beaux mots, on le décore. on se fout des familles. lui, lui il est mort en héros madame ! vous, vous souffrez en mauviettes. pas de couronnes de fleurs pour les proches éplorés, pas de pin’s sur l’épaulette, on ne s’intéresse pas aux vivants qui soudainement le sont un peu moins; c’est au mort de danser sur le devant de la scène.
    arrimée au pirate dans le salon blanc, sur le canapé crème mes larmes s’échouent une à une. du puzzle je place en silence ses pièces l’une après l’autre malgré le flou et le vide. au moins le puzzle est entier, il possède toutes ses pièces, lui. le puzzle n’est pas orphelin de mamie-moineau, lui. parler au puzzle m’aide à croire qu’il existe un après, parce qu’on croirait volontiers qu’il n’existe plus rien du tout. même moi je ne vis plus, dévorée par le vide. je suis un meuble triste, coeur en carton, larmes de papier. je suis un sac à pleurs, remuée vaguement par des ombres de sanglots. arrimée au pirate, mes larmes tachent une à une le canapé crème.
    la joue posée sur le tissu doux, j’essaye de croire que demain existe. j’essaye de revoir l’auvergne sous mes paupières, mais l’auvergne bascule dans la nuit. c’est difficile de croire que l’auvergne existe toujours si mamie-moineau n’y pépie plus. c’est difficile de croire que l’auvergne existe tout court. c’est difficile de croire qu’il y aura un matin au bout de la nuit, un matin comme tous les autres matins, un matin doux et clair; on ne comprend pas pourquoi les tremblements de coeur ne se transforment pas en tremblements de terre, où sont tonnerre et éclairs, comment transcrire le vide, comment traduire le vide, le vide, le vide, le vide comme un creux béant dans la poitrine. je coule dans un coin du salon blanc.
    comment croire que tout existera demain comme tous les autres demain alors que toi, Mamie-moineau, tu n’existeras plus ?
    tu es morte, et c’est à moi de ne plus être tout à fait vivante


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  • (jour 27)

     

    alors ça ne sert à rien, les prières et les lettres

    alors ça ne sert à rien

    c’est inutile le papier

    les lettres à l’absente qui ne reviendra pas. basculé de l’autre côté le moineau

    c’est inutile les lettres inutile les prières

    inutile puisqu’elle ne lira plus

    les cellules ont dit : on lâche l’affaire et soudainement le coeur qui lâche

    à quoi ont servi les lettres ?

    inutiles, puisqu’elles ne seront pas lues

    alors ça ne sert à

    r i e n

    les prières et les lettres

     

    Mamie, je t’aime tant, pourquoi meurs-tu ?


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