• c’est le son d’une ambulance

    qui ne hurle que sous mes cils

    souvent je me demande pourquoi tu ne l’entends pas ?

     

    ce sont les cloches du temple

    – qui ne peuvent sonner de là où je suis

    le temple est à plusieurs centaines de kilomètres

    leur tintement pourtant bruisse à l’orée de mes oreilles

     

    c’est le parquet qui craque sous tes pas

    - je reconnaîtrais ta démarche entre toutes, toujours -

    les jours où ton absence te remplace

    tu n’es pas là, et les planches ne craquent pas

    ce n’est que moi – que moi

     

    c’est la petite flamme qui miaule devant la porte

    je lui ouvre pour l’accueillir

    pourtant le perron est vide

    et ma tête résonne des miaulements de mon fantôme

     

    tous ces bruits inofficiels 

    la bande-son de mes ombres

    mes petits invisibles à moi

    mes chimères inaudibles – ou presque

     

    des heures à me demander

    vis-tu à l’intérieur

    ou à l’extérieur de mon crâne ?


    votre commentaire
  • il n’y aurait pas pu avoir de titre plus doux que celui d’aujourd’hui
    pas d’accroche plus tendre que celle-ci
    c’est qu’il faut des mots de coton pour inviter à l’écriture
    retourner à l’écriture, revenir à l’écriture

    août nous étouffe, et pourtant sous la chaleur l’encre sèche
    - celle qu’on verse, opiniâtre, sous les rhododendrons
    celle qu’on glisse, secrète, chaque fois plus proche du cœur

    à chaque matin où je croise l’ami bleu gyrophare, il me donne
    de ses nouvelles, et le titre du nouveau chapitre de sa vie
    (à croire que je ne le croise qu’une fois par chapitre
    ou bien que sa vie défile plus vite que la mienne)
    cela semble lui faire tant plaisir, à l’ami,
    de s’essorer les émotions pour me nommer leurs textures
    leurs formes, leurs couleurs, leurs murmures,
    lui qui sait, rien qu’à leur évocation, quel goût avaient les larmes.


    votre commentaire
  • (jour 25)

     

    violette 

    plus je bois plus je bois plus je bois

    plus je t'imagine couchée sous mes mains

    nos gestes imprudents, imprécis 

    pourtant dictés par un désir indicible

    violette

    plus je te vois plus je te vois plus je te vois

    mille images se superposent sous ma rétine 

    kaléidoscope érotique de nos nuits imaginaires 

    j'imagine tes cheveux collés à ta peau d'oiseau

    violette

    j'imagine tes cheveux collés aux creux de ton corps

    violette 

    tu n'es qu'un moineau aux avis très tranchés 

    un tout petit moineau aux yeux de charbon 

    qui me poinçonnent violette

    qui me poinçonnent avec une violence 

    violette

    quand tu me fixes avec ces yeux là

    la question qui pend au bout de tes cils est limpide

    violette tu demandes toujours sans le dire:

    pourquoi, pourquoi vis-tu poète de pacotille

    pourquoi, pour qui vis-tu, ma poète de paille et de velours

    violette tu me demandes pourquoi je vis

    et je n'ai pas de réponse

    violette je n'ai pas de réponse 

    à tes pieds je ne dépose qu'un bouquet de lilas, de questions et de désirs

    violette voudrais-tu jouer à nous épeller ensemble

    violette veux-tu jouer à nous effeuiller ensemble 

    quand tu ris mon coeur se fissure de trop t'aimer en secret

    ton corps secoué par des éclats réveille pour moi les sanglots 

    violette

    si seulement la place à ton bras était libre 

    j'embrasserai chacune des cicatrices qui grognent sur tes cuisses

    violette

    je recouvrirai tes bleus d'étoiles sous anesthésie 

    je ferai courir, courir mes mains sur ta peau d'oiseau 

    je te ferai des noeuds au corps, au coeur, violette

    le temps perdu ne se rattrape pas, plus

    si la place à ton bras était la mienne

    je baiserai tes mains pour les parsemer de poèmes 

    violette

    si tu étais mienne

    j'oserai soutenir le charbon de tes yeux quand tu me demande: poète, pour qui vis-tu

    violette, je vis pour ton corps quand le rire le secoue come un grelot


    votre commentaire
  • (jour 24)

     

    souvent, souvent je me fais la réflexion: je suis bonne à aimer. j'aime dire je suis bonne à aimer, car dans tous les sens je m'y retrouve. je suis bonne. je suis aimée. je sais aimer, et j'aime aimer. je suis même très forte au jeu qu'est aimer. les peaux des autres sont un langage que je parle et pratique couramment. il est pourtant difficile de caresser une peau: tout est à inventer, constamment. une peau comme un petit oiseau, frissonnante, insaisissable. c'est une physique très particulière qui permet de calculer l'intensité des caresses à prodiguer aux peaux des oiseaux. leur fréquence. leur origine. leur point de chute. un système d'inconnues si complexe que deux caresses ne peuvent être identiques. la seule solution commune: la triviale, celle de l'absence.

     

    il me dit tu n'es pas la femme de ma vie: tu es la femme de la tienne. quel fracas tout de même ces peaux qui se froissent. que deviennent les plis qu'on trace, qu'on encre dans les corps des autres à force de s'y glisser encore et encore? que deviennent les ombres qu'on cache entre deux côtes? je sais parler la peau, je sais parler les coups, les cous, les regards et les silences. je sais me calfeutrer dans les nuits des autres comme dans mes poèmes: on m'y croirait chez moi. je suis chez moi lorsque je suis aventurière des peaux des autres. j'ai tant découvert: les peaux de mousse, papier de sable, les peaux chaudes à l'odeur de lavande, les peaux de pirates, de fantômes, au goût de sel et de secrets. j'ai tant à offrir: je suis fontaine, source, torrent d'amour. exploratrice des énigmes que dessinent vos corps dans les reflets des désirs qu'il nous reste. je suis modulable, modelable, pâte à rêves, je suis à la fois papier buvard et tampon encreur.

     

    jamais une once de manipulation ou de perversion dans mes errances aux bras des ombres. toujours je m'offre avec une candeur et une entièreté qui me sont à la fois chères et naturelles. je suis à la nuit. je partage mon corps comme un cadeau-surprise. sous le papier crépon et les rubans de couleur, jamais d'attachement non plus. je ne suis qu'au moment, et au moment seul. il faut accepter mon amour plein et charnu comme mon départ à l'aube. je n'aime qu'en filigrane des jours. jamais de menottes à mon poignet, ni de collier au cou - ces laisses je les cède aux autres. je suis un amour qui voyage: bien trop grand pour n'appartenir qu'à un seul. je suis un amour qui se partage: et quand j'aime, j'aime le monde.


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique