• (jour 12)

     

    la recette du pain perdu

    il faut

    casser deux oeufs et deux âmes

    dans un saladier ébréché fouetter les folies furieuses en mousse douce

    laisser reposer au moins une nuit à froid

    sans les larmes

    il faut

    mélanger deux cuillères à soupe de sucre, de cannelle et de confiance

    laisser s'écouter le lait 

    creuser une fontaine, une oasis, dans la mousse douce pour y glisser les éclats de coeur

    les enrober de farine pour qu'ils ne glissent pas au fond du plat

    préchauffer les bras de l'autre pour se prévenir du froid, glacial et coupant, des mots mal accordés qui désossent et éviscèrent

    il faut

    une fois le mélange terminé

    (surtout ne pas faire monter le tout en neige, le blanc cassé ne retranscrit jamais correctement les tumultes des intransigeants)

    une fois le mélange terminé

    il faut

    beurrer le moule et protéger les parties humides:

    les muqueuses, les larmes et les meurtrissures

    d'un papier cuisson où rien ne s'y accroche

    enfin

    enfourner le tout à hauteur d'homme 

    pour cela il faut au préalable avoir déjà perdu toute contenance 

    laisser cuire le temps d'une berceuse à feu très doux

    (ou le temps d'un mensonge à feu très vif)

    sortir lorsque les cris de la pâte ne sont plus que des sanglots

    alors à ce moment précis 

    décréter: coupable

    définitivement coupable 

    sans jamais le dire, toujours il faudra le sous-entendre 

    décréter: coupable

    saupoudrer de sucre glace, laisser refroidir et servir frais


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  • (jour 11)

     

    mon visage une rose des vent, les éclairs glissent de mon nez à mon front, bientôt je lève les yeux pour les voir pourfendre le ciel. dans le noir un peu trop noir je ne suis qu'une tâche grise pas assez grise. il faudrait être plus pâle pour pouvoir me glisser entre les ombres, ne pas ressortir autant, rentrer l'âme, il faudrait se rentrer l'âme pour arrêter de ressortir. j'ai l'esprit boursouflé, je le sens, gonflé sous mes doigts au travers de mes coutures qui craquent. de mon ventre à mes seins on peut voir la trame des mensonges, qui pour une fois ont cessé de me tisser une peau. je fais confiance.

     

    dans le noir un peu trop noir, qui pour me distinguer du liseron, de la gouttière ou d'une ombre. il n'y a personne sinon le ciel qui tonne et que j'invite par ma fenêtre. entre, le ciel, entre donc et dis-moi qui décide des âmes qui doivent être délimitées. de mes chevilles à mes cuisses mes tendons dessinent une carte d'aventurière. je suis immobile, et pourtant le ciel qui cavale ne m'est qu'un miroir: je ressens si vite, si fort, que le mouvement m'est intérieur, permanent. mon reflet est un mirage, insalubre, dissous dans l'immensité des choses. il faudra aller griffer le ventre des nuages de nos ongles rongés. pour mieux disparaître, entrouvrir les ombres pour s'y glisser, boursouflure parmi les boursouflures.


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  • (jour 10)

     

    c'est le grand silence, aujourd'hui  

    les mots me fuient puisqu'enfin j'ai laissé certains sortir

     

    qui sait le temps qu'il nous faudra désormais pour colmater la brèche, désinfecter les souvenirs, rapiécer la confiance, rattacher nos mains l'une à l'autre 

     

    de mon temps à porter le secret en solitaire je ne me rappelle que l'ardeur de l'oubli 

    oublier plus fort, plus vite, plus grand

    enfouir de très grands pans de vie dans un obscur un peu flou

    ne plus savoir

     

    grand silence aujourd'hui 

    comme une mer plate, un film pas très bon, une cuisine sans odeurs 

    grand silence aujourd'hui 

    c'est qu'il faut prendre le temps de renaître


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  • (jour 9)

     

    quand tu dis ruines je pense que reste-t-il de nous
    et la question est encore si fraîche si douloureuse si neuve
    que je n'ose pas encore la regarder en face et lui planter dans le ventre ma réponse:

    rien

    il ne reste rien de nous

    tes rires et tes interrogatoires je les jette aux orties
    tes bras mous, inadéquats pour mes rêves affolés, je les foule aux pieds
    ton dos en noeuds d'arbre je le désosse, il n'a plus le droit à mes souvenirs
    ton odeur d'opium
    - et cette expression, qu'elle m'est douloureuse, qu'elle m'est difficile, dès les tous débuts elle m'était venue, dès nos prémices, et seulement aujourd'hui je me rend compte comme elle te décrivait justement, opium comme tous ceux que tu fumes, opium comme celui que tu étais pour moi, irrépressible, irremplaçable, inégalable, tu étais l'opium et j'étais la fumée -
    ton odeur d'opium je n'en sais que faire
    ton dos qui a si souvent désiré, essoré mes larmes je ne sais pas l'oublier 

    tes bras, qui à la fois savaient déclencher et conjurer les tempêtes, je les rêve encore autour de mes membres de minuscule
    ton rire si rare si doux je l'espère, je l'ai espéré comme décor à toute ma vie
    et pourtant
    regarde et dis-moi
    que reste-t-il de nous?
    quelques cendres, quelques ruines
    dernières reliques de notre si belle histoire.


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