• (jour 17)

    damnés petits souliers

    poitrine menue petites chaussures, pourquoi est-il si difficile de se parler en dehors d’un système métrique ?
    mes rêves ont la consistance molle d’une brume informe, déliés de toute obligation d’exister de manière classifiée. je préfère mûrir à grandir parce que je me sais résolument non-linéaire. j’écris en somnambule à côté de Chat qui dort les yeux ouverts, et notre instant existe, existe, alors que j’essaye d’ôter à la réalité toute son organisation métrique.
    pourquoi tant de nombres et de nombres dans nos quotidiens si chagrins ? j’ai fait tant de kilomètres, tant d’heures de trajet, j’ai eu telle note et fait tant d’heures de sport et mangé tant d’énergie et marché tant de pas et j’en ai eu pour tant dans tel commerce et tant d’amoureux et tant de jours de vacances et tout se compte et plus rien ne se ressent. me sens proche du petit prince, j’ai une pensée pour celui qui pousse les coquelicots hors de terre, perdu son prénom, je réveille Chat, et j’essaye d’exister en sentiment et pas en numérique.
    voyage exaltant ou ennuyeux, te sens-tu fier ou démotivé, t’es-tu bien nourri et quel goût avaient tes bouchées, plutôt chardon ou plutôt bouton d’or?, quelle sensation cela donne-t-il à ton corps de se faire traverser par des pays, as-tu vécu dans ton repos, as-tu ressenti la très grande absurdité du monde et comment tiens-tu debout dans tes petites chaussures, après quoi cours-tu, après quoi cours-tu et comment, plutôt chasse au nuage ou plutôt malaxeur de pavés ? j’écris en funambule à côté de Chat qui n’y est plus, et j’essaye de respirer en douce du temps. je me dis qu’il faudrait compter juste pour la beauté de l’acte, compter pour compter, compter sans compter, compter en écoutant les chiffres chanter, mais sans les comprendre, surtout sans les classer.


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  • (jour 16)

    fleur

    j’ai ce souvenir orange qui me démange quand je pense à. à. il y a ce souvenir orange et soudainement ta main glissée entre mes cuisses nos corps qui se pressent si fort, si fort et les cailloux au souffle court les arbres spectateurs réprobateurs et là.
    le jardin botanique comme une invitation à l’amour. une parenthèse entre deux branches, un instant, deux soupirs et nos coeurs qui s’entremêlent inspirés par les racines partout alentour. dans un rire échapper aux regards et jouir à la vue de tous. dans un souvenir ranger ton orgasme-fleur et nos désirs d’enfants.


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  • (jour 15)

    flamboyant

    QUE FAIRE SI JE NE VEUX PAS FLAMBOYER ? MES MUSCLES TREMBLENT ALORS QUE LE MONDE COURT SI VITE, SI VITE. SI JE NE VEUX PAS BRILLER, PAS CRIER, SI JOUER À FAIRE TAPISSERIE ME SUFFIT ? QUE FAIRE SI JE VEUX DAMNER MES CORDES VOCALES À SE COUVRIR DE POUSSIÈRE, SI MA VOIX PRÉFÈRE LE GOÛT DU SILENCE ET L’ÉCHO DES ABSENTS ? JE SUIS LA FEMME PASTELLE, DEMI-TEINTE, JE M’ÉTEINS ET M’ÉTREINS SANS LUMIÈRE, POURQUOI SE MÉPRENDRE ?
    POURQUOI SE MÉPRENDRE?
    FEMME PASTELLE JE ME RÉDUIS DE BRUITS MAIS ME DISPENSE DE SILENCES : AVEC MON CORPS JE BRISE LES SONS ET LES CONVENANCES ET PUIS LA NUIT. FEMME PASTELLE JE ME DEVINE DANS LES CREUX ET LES BOSSES DE TON CORPS MOU; LA NUIT UNE ÉTINCELLE MON CORPS UN BRASIER JE N’OSE PLUS ME RÊVER QUAND LE SOLEIL EST TOMBÉ.


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  • (jour 14)

    dans ma mémoire elle était bleue

    BLEUS tes yeux minuit sur la montre le ciel NOIR comme à chaque fois qu’il est minuit un jour aurais-je le droit à un minuit d’une autre COULEUR ? BLEUS mes BLEUS qui me croquent les jambes à coup de vélo ah bon ton vélo te frappe ? ça c’est éBLEUissant dis voir eh oui plein les jambes des petits ronds un peu GRIS mais ce sont de vrais beaux BLEUS et puis le plus gros sur la cuisse celui qui a tourné un peu JAUNE celui juste au dessus du tout tout petit BLEU que tes doigts ont laissé quand tu as serré mes cuisses pendant notre nuit BLANCHE.
    BLEUS tes yeux minuit sur la montre un jour ou l’autre il faudra bien arrêter le temps qui s’asphyxie à me courir après debout sur mon vélo j’ai du BLEU sous les yeux et du BLEU sur les paupières et du BLEU même dans mes pupilles pour les accorder aux tiennes mes yeux sont BLEUS de partout, dessus dessous dedans, même mon carnet est BLEU pour se glisser dans tes mains BLEUES

    […]

    bleu comme il était une fois l’orgasme bleu glissé cousu sous nos paupières tes mains comme un tout sur moi et nos corps qui dansent la salsa de la nuit douce de la nuit bleue nos corps qui dansent en amoureux dehors derrière les vitres les fenêtres et les armures je ne sais plus s’il gèle ou s’il canicule tant que tes mains pressent les miennes tant que ton corps serre le mien sait le mien dehors n’existe plus quand la nuit danse la salsa sur nos corps bleus de s’aimer comme des bleus notre amour à personne je ne sais plus quelle heure il était avant l’heure d’après je sais juste le goût de ton goût de ta peau bleue emballée par la nuit se disputer au noir pour garder tes yeux brodés aux miens je sais juste tes mains plus douces que toutes les autres ton corps ma maison et ta tendresse en intraveineuse tu me donnes la parole tu me donnes ton amour ta confiance tes mots tes bleus tu me donnes tout et je ne sais tu me donnes tout quelle que soit la nuit tu me donnes tout tout entier l’orgasme bleu soufflé à l’oreille dont l’écho encore pend à mes paupières dériver dans la nuit soudainement bleue -il me sera donné d’avoir connu un minuit où il ne faisait pas noir- accrochée à ton corps par mon corps et dans mon oreille ton souffle tu me donnes tout dans la nuit bleue
    dans ma mémoire il reste la respiration d’une très grande tendresse


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