• (jour 11)

     

    mon visage une rose des vent, les éclairs glissent de mon nez à mon front, bientôt je lève les yeux pour les voir pourfendre le ciel. dans le noir un peu trop noir je ne suis qu'une tâche grise pas assez grise. il faudrait être plus pâle pour pouvoir me glisser entre les ombres, ne pas ressortir autant, rentrer l'âme, il faudrait se rentrer l'âme pour arrêter de ressortir. j'ai l'esprit boursouflé, je le sens, gonflé sous mes doigts au travers de mes coutures qui craquent. de mon ventre à mes seins on peut voir la trame des mensonges, qui pour une fois ont cessé de me tisser une peau. je fais confiance.

     

    dans le noir un peu trop noir, qui pour me distinguer du liseron, de la gouttière ou d'une ombre. il n'y a personne sinon le ciel qui tonne et que j'invite par ma fenêtre. entre, le ciel, entre donc et dis-moi qui décide des âmes qui doivent être délimitées. de mes chevilles à mes cuisses mes tendons dessinent une carte d'aventurière. je suis immobile, et pourtant le ciel qui cavale ne m'est qu'un miroir: je ressens si vite, si fort, que le mouvement m'est intérieur, permanent. mon reflet est un mirage, insalubre, dissous dans l'immensité des choses. il faudra aller griffer le ventre des nuages de nos ongles rongés. pour mieux disparaître, entrouvrir les ombres pour s'y glisser, boursouflure parmi les boursouflures.


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  • (jour 10)

     

    c'est le grand silence, aujourd'hui  

    les mots me fuient puisqu'enfin j'ai laissé certains sortir

     

    qui sait le temps qu'il nous faudra désormais pour colmater la brèche, désinfecter les souvenirs, rapiécer la confiance, rattacher nos mains l'une à l'autre 

     

    de mon temps à porter le secret en solitaire je ne me rappelle que l'ardeur de l'oubli 

    oublier plus fort, plus vite, plus grand

    enfouir de très grands pans de vie dans un obscur un peu flou

    ne plus savoir

     

    grand silence aujourd'hui 

    comme une mer plate, un film pas très bon, une cuisine sans odeurs 

    grand silence aujourd'hui 

    c'est qu'il faut prendre le temps de renaître


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  • (jour 9)

     

    quand tu dis ruines je pense que reste-t-il de nous
    et la question est encore si fraîche si douloureuse si neuve
    que je n'ose pas encore la regarder en face et lui planter dans le ventre ma réponse:

    rien

    il ne reste rien de nous

    tes rires et tes interrogatoires je les jette aux orties
    tes bras mous, inadéquats pour mes rêves affolés, je les foule aux pieds
    ton dos en noeuds d'arbre je le désosse, il n'a plus le droit à mes souvenirs
    ton odeur d'opium
    - et cette expression, qu'elle m'est douloureuse, qu'elle m'est difficile, dès les tous débuts elle m'était venue, dès nos prémices, et seulement aujourd'hui je me rend compte comme elle te décrivait justement, opium comme tous ceux que tu fumes, opium comme celui que tu étais pour moi, irrépressible, irremplaçable, inégalable, tu étais l'opium et j'étais la fumée -
    ton odeur d'opium je n'en sais que faire
    ton dos qui a si souvent désiré, essoré mes larmes je ne sais pas l'oublier 

    tes bras, qui à la fois savaient déclencher et conjurer les tempêtes, je les rêve encore autour de mes membres de minuscule
    ton rire si rare si doux je l'espère, je l'ai espéré comme décor à toute ma vie
    et pourtant
    regarde et dis-moi
    que reste-t-il de nous?
    quelques cendres, quelques ruines
    dernières reliques de notre si belle histoire.


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  • « Pour qu’une chose soit intéressante, il suffit de la regarder longtemps » G. Flaubert 

    (jour 8)

     

    tout un univers dans un grain de sable. souvent, l'immensité de la plage m'effraie. c'est très petit une plage. c'est cloisonné finalement, on a beau dire la mer, la mer, ô la mer, elle n'est qu'une frontière de plus, qui a déjà traversé la mer? la plage, ce cloisonnement, cet espace fini où l'infini transperce pourtant dans chaque volume. chaque grain de sable un univers. chaque vaguelette un raz-de-marée, un effacement total, une redistribution des rôles dans la grande pièce de la plage.

     

    j'ai une déformation professionnelle: je compte. à tout instant je compte. à tout moment je compte. j'estime, j'arrondis, je jauge, je mesure. je tempère. je compare. j'ordre de grandeur. je classe. je minimise, maximise, égalise. mais la plage me reste une énigme. combien de grains, combien d'étages, de mètres carrés, quel volume, et sous la mer? combien s'en cache-t-il sous la mer? où commencer le décompte, où clore la somme?

     

    dans cet infini pourtant circonscrit, vient toujours l'heure du lâcher-prise: la plus belle. enfin il convient de mettre un terme au système métrique, qui, impuissant, se retire. on peut se délier les mains, secouer un peu la tête pour se sortir des brumes entêtantes de grands nombres. on peut laisser se courber la nuque, toujours très droite quand il s'agit de classification. délicatement on peut embrasser la mer, sans à-coups ni gestes brusques. enfin on peut fermer les yeux, puisqu'il n'y a plus rien d'autre à faire. sinon se concentrer sur les détails. toujours, les détails. ils nous resteront bien après les chiffres.


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