• ce jour-là je suis partie sans un bruit 

    sans une excuse, sans adieux, sans prévenir

    avec pour tout bagage une larme et un sourire

    et pour toujours gravée : la consistance de la lumière qui tombait par la fenêtre

     

    j’espérais que tu allais comprendre mes silences

    - aujourd’hui je sais que j’y étais sourde moi aussi -

    à force de me taire j’ai cru que tu me donnerais la parole

    tu as préféré prêter tes discours à mon mutisme

     

    tous deux complices dans notre décadence

    - toi et tes mots, moi sans les miens -

    indifférents, imperméables à notre valse amorale

    nous avons dérivé absurdément loin

     

    aujourd’hui tu m’appelles l’étoile qui s’éloigne

    mais quid de la tristesse, de la colère et des remords de l’astre ?

    je ne suis pas qu’une étoile qui s’écarte, je suis d’abord une étoile qui s’est tue -

    qui a laissé, sans un bruit, tomber son corps sur le bord d’une route

     

    je suis une étoile qui depuis s’éviscère

    avec pour toujours gravée : la consistance de la lumière qui tombait par la fenêtre


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  • cinq fois 

    c’est le nombre de jours où je vais devoir m’harnacher de courage,

    empoigner mon vélo et courir sur les toits de lausanne,

    rouler de la montagne à l’eau, d’une traite ;

     

    cinq fois

    c’est le nombre de fois où je vais franchir la grande porte rouge,

    sauter à travers les cerceaux enflammés des biologistes aphones,

    jongler avec leurs réponses qui n’ont plus de sens ;

     

    cinq fois, et puis ce sera fini –

     

    enfin je vais pouvoir clôturer les cinq dernières années

    emballer ce temps précieux, ce temps passé,

    et le laisser, archivé, dans un coin de mon crâne

     

    de mes cinq années de non-ingénieure 

    je retire un amour immense pour les mathématiques, la logique, tout ce qui s’embrique et se dérive selon des règles fixes

    je repars avec cinq amis : le doux-ami, violette mon moineau, le garçon myosotis, l’ami bleu-gyrophare et le chimiste fou, bicéphale

    je m’échappe avec une maturité folle ; et, glissée dans la même certitude, ce savoir que je suis capable d’apprendre bien plus encore 

     

    de mes cinq années de non-ingénieure

    je rentre avec du cambouis plein les mains, et le son des clés qui tintent contre l’alu

    (la poésie de la peau froide qui se déchire sur le métal – mes amours de bicyclettes)

    je m’éclipse avec la gratitude d’avoir trouvé où aller, avec l’euphorie de me savoir partir

    je m’éloigne le dos cousu de cicatrices, le corps racommodé, des sparadraps plein les cheveux, les yeux à demi-clos ;

     

    de mes cinq années de non-ingénieure

    je m’évapore sans un au revoir

    simplement, je vous quitte


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  • souvent j’écris : je grandis. rarement pourtant j’ose prononcer ces mots à voix haute. rendre tangible cette réalité que pourtant j’expérimente souvent au travers de mes textes : je grandis.

     

    de ma croissance résolument non-linéaire je retiens : grandir me demande du temps, énormément de temps, un temps infini. je réfléchis lentement, doucement ; j’ai besoin de solitude pour m’adonner à l’honnêté nécessaire à fixer sur une page mes sentiments du moment. vient ensuite le temps du mûrissement, des chamboulements, il faut que mes mots prennent de l’âge avant d’oser la relecture. puis, plus tard, il faudra revenir, recommencer tout le processus et se rendre compte de la distance parcourue entre le mot a et le mot b. grandir me demande du temps, du temps que je lui donne.

     

    cette dernière année aura eu l’air d’être douce, sans virages en épingle, sans traumatismes ni tsunamis. et pourtant quand je regarde derrière moi je ne retrouve plus ma vie : j’ai trop grandi. sans en avoir l’air. les mots auxquels étaient tressés des torrents de larmes ne me font plus pleurer quand je les prononce : j’ai accepté de partir. 

     

    le non que je n’ai jamais réussi à murmurer, je le digère.

     

    il m’aura fallu deux ans pour jouer enfin dans ma propre équipe. deux ans pour accepter que mon corps ne sera peut-être plus jamais mon corps, mais que je peux me prendre dans les bras quand même. 

     

    qu’il en faut de la force pour vivre – qu’il en faut pour grandir. c’est une histoire de déchirement et de soulagement, d’écorchures et de cicatrices, constamment il faut se débarasser des idées mortes puis retourner au cadavre reprendre ce qui se garde ; il faut bouturer les idées anciennes, clôturer les idées vieilles, laisser la place aux nouveaux bourgeons ; constamment il faut tutorer, surveiller, questionner, toujours, questionner encore.

     

    de ma croissance résolument non-linéaire je retiens : une colère. celle de la pleureuse qui n’en peut plus qu’on la traite de faible. vous n’imaginez pas la force que cela demande de toujours se laisser emporter par les émotions brutes. vous ne savez pas la solidité nécessaire pour sortir des jours sans fond. 

     

    je suis forte, les joues creusées de larmes. je suis forte, la parole évanouie, encombrée de sel. je suis forte, quand bien même je réfléchis lentement, quand bien même il me faut pleurer plus que vous pour arriver au même point. je suis forte et en colère contre tous ceux qui me croient moins solide parce que je pleure, moins tenace parce qu’il me faut passer par le chagrin pour grandir, moins résiliente parce que je traverse des tristesses immenses.

     

    je ne me suis jamais sentie plus inébranlable, plus vaillante et sincère, que lorsque j’ai enfin accepté que je ressens tout trop fort, et que c’est cela, ma force.

     


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  • c’est le son d’une ambulance

    qui ne hurle que sous mes cils

    souvent je me demande pourquoi tu ne l’entends pas ?

     

    ce sont les cloches du temple

    – qui ne peuvent sonner de là où je suis

    le temple est à plusieurs centaines de kilomètres

    leur tintement pourtant bruisse à l’orée de mes oreilles

     

    c’est le parquet qui craque sous tes pas

    - je reconnaîtrais ta démarche entre toutes, toujours -

    les jours où ton absence te remplace

    tu n’es pas là, et les planches ne craquent pas

    ce n’est que moi – que moi

     

    c’est la petite flamme qui miaule devant la porte

    je lui ouvre pour l’accueillir

    pourtant le perron est vide

    et ma tête résonne des miaulements de mon fantôme

     

    tous ces bruits inofficiels 

    la bande-son de mes ombres

    mes petits invisibles à moi

    mes chimères inaudibles – ou presque

     

    des heures à me demander

    vis-tu à l’intérieur

    ou à l’extérieur de mon crâne ?


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