• (jour 14)

     

    à toi.

    la clara de sel et de sable

    la clara d'ombre et de secrets 

    aux itinéraires dissimulés 

    aux mensonges dans le demi-jour 

    au corps froissé 

    au petit vélo rose aux roues diamètre 25, taille si inhabituelle dans le monde des bicyclettes 

    il faut tout lui faire sur mesure à ton vélo 

    mais c'est pour ça que je l'aime tu leur dis

    parce qu'il ne rentre pas dans les cases et que pourtant il s'obstine

    à force d'exister ils finiront bien par le voir

    et alors –

     

    à toi

    la clara d'encre et de poussière 

    la clara d'orage et d'absolu 

    à la poursuite des peaux, des non-dits et des chats

    toujours en train de s'évader de quelque part

    la clara aux cuisses bleues

    à l'amour bleu

    aux mains bleues

    couvertes de petites cicatrices

    souvenirs pérennes que la peau n'est rien face au métal 

    à toi

    la clara mangeuse de soleils, de nuits et de kilomètres

    aux mille vies en parallèle 

     

    à moi

    et à cette obstination de vivre


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  • (jour 13)

     

    incendies 

    je lis ce mot à chaque fois avec la même intensité et le même rythme que dans la chanson de notre-dame-de-paris, déchiré, je suis un hom-me dé-chi-ré, je suis un hom me dé chi ré 

    in cen dies 

    je le lis de la même manière, incapable de donner une autre forme à ce mot que ce cri du coeur.

    qui, du silence ou des syllabes, impacte le plus l'âme? ce mot découpé, tranché comme au scalpel, il s'étend et prend toute la place. de l'importance des blancs au milieu des phrases, au milieu des mots, il faudrait, arriver à écrire les pauses, à écrire les espaces, les interlignes, les endroits sans paroles, les mains qui parlent à la place des mots obtus, abscons, il faudrait, arriver à traduire ces instants où les mots ont épuisé tout leur sens, alors il ne reste plus que les corps, les peaux, les yeux, les gestes, les sons, puisque les mots sont sans but, saccadés, saccagés, puisque les mots sont sans retour, sans âme, sans fond. de l'im por tance des silences.


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  • (jour 12)

     

    la recette du pain perdu

    il faut

    casser deux oeufs et deux âmes

    dans un saladier ébréché fouetter les folies furieuses en mousse douce

    laisser reposer au moins une nuit à froid

    sans les larmes

    il faut

    mélanger deux cuillères à soupe de sucre, de cannelle et de confiance

    laisser s'écouter le lait 

    creuser une fontaine, une oasis, dans la mousse douce pour y glisser les éclats de coeur

    les enrober de farine pour qu'ils ne glissent pas au fond du plat

    préchauffer les bras de l'autre pour se prévenir du froid, glacial et coupant, des mots mal accordés qui désossent et éviscèrent

    il faut

    une fois le mélange terminé

    (surtout ne pas faire monter le tout en neige, le blanc cassé ne retranscrit jamais correctement les tumultes des intransigeants)

    une fois le mélange terminé

    il faut

    beurrer le moule et protéger les parties humides:

    les muqueuses, les larmes et les meurtrissures

    d'un papier cuisson où rien ne s'y accroche

    enfin

    enfourner le tout à hauteur d'homme 

    pour cela il faut au préalable avoir déjà perdu toute contenance 

    laisser cuire le temps d'une berceuse à feu très doux

    (ou le temps d'un mensonge à feu très vif)

    sortir lorsque les cris de la pâte ne sont plus que des sanglots

    alors à ce moment précis 

    décréter: coupable

    définitivement coupable 

    sans jamais le dire, toujours il faudra le sous-entendre 

    décréter: coupable

    saupoudrer de sucre glace, laisser refroidir et servir frais


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  • (jour 11)

     

    mon visage une rose des vent, les éclairs glissent de mon nez à mon front, bientôt je lève les yeux pour les voir pourfendre le ciel. dans le noir un peu trop noir je ne suis qu'une tâche grise pas assez grise. il faudrait être plus pâle pour pouvoir me glisser entre les ombres, ne pas ressortir autant, rentrer l'âme, il faudrait se rentrer l'âme pour arrêter de ressortir. j'ai l'esprit boursouflé, je le sens, gonflé sous mes doigts au travers de mes coutures qui craquent. de mon ventre à mes seins on peut voir la trame des mensonges, qui pour une fois ont cessé de me tisser une peau. je fais confiance.

     

    dans le noir un peu trop noir, qui pour me distinguer du liseron, de la gouttière ou d'une ombre. il n'y a personne sinon le ciel qui tonne et que j'invite par ma fenêtre. entre, le ciel, entre donc et dis-moi qui décide des âmes qui doivent être délimitées. de mes chevilles à mes cuisses mes tendons dessinent une carte d'aventurière. je suis immobile, et pourtant le ciel qui cavale ne m'est qu'un miroir: je ressens si vite, si fort, que le mouvement m'est intérieur, permanent. mon reflet est un mirage, insalubre, dissous dans l'immensité des choses. il faudra aller griffer le ventre des nuages de nos ongles rongés. pour mieux disparaître, entrouvrir les ombres pour s'y glisser, boursouflure parmi les boursouflures.


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