• alors c'est ça le bruit des rêves qui s'écroulent?

     

    l'ami bleu gyrophare et le garçon myosotis qui se prennent la vie dans les dents

    à toute vitesse

    à full berzingue

    cette vie qui leur arrache la peau du coeur avec les ongles

    qui écrase leurs rêves entre ses doigts

    qui ne laisse derrière elle qu'un petit tas de poussière et une infinité de regrets

     

    alors c'est ça le bruit que font les utopies qui agonisent ?

     

    mes deux amis qui sont plus que mon sang

    pour qui j'ai tant donné, et donnerai tant encore

    mes deux amis aux bras si doux

    à la présence si précieuse

    aux épaules encore tâchées de mes larmes

     

    et moi, moi qui suis si loin d'eux

    qui apprivoise d'autres frontières

    qui plante ses racines à des kilomètres de ma vie

    je ne peux qu'assister, lointaine, inexistante,

    au fracas de leurs deux réalités qui éclatent

     

    ami bleu

    myosotis

    je vous aime

    si fort

    mais j'habite

    si loin


    votre commentaire
  • je déménage

    je déménage et j'emmène avec moi

    mes racines

     

    c'est si effrayant

    il faut se faire confiance d'une puissance

    cette sensation de se jeter dans le vide chaque jour

    il faut tant se faire confiance

    et croire, croire si fort

    que l'on se suffira à soi-même

    une fois seule

    de l'autre côté de la frontière


    1 commentaire
  • ce jour-là je suis partie sans un bruit 

    sans une excuse, sans adieux, sans prévenir

    avec pour tout bagage une larme et un sourire

    et pour toujours gravée : la consistance de la lumière qui tombait par la fenêtre

     

    j’espérais que tu allais comprendre mes silences

    - aujourd’hui je sais que j’y étais sourde moi aussi -

    à force de me taire j’ai cru que tu me donnerais la parole

    tu as préféré prêter tes discours à mon mutisme

     

    tous deux complices dans notre décadence

    - toi et tes mots, moi sans les miens -

    indifférents, imperméables à notre valse amorale

    nous avons dérivé absurdément loin

     

    aujourd’hui tu m’appelles l’étoile qui s’éloigne

    mais quid de la tristesse, de la colère et des remords de l’astre ?

    je ne suis pas qu’une étoile qui s’écarte, je suis d’abord une étoile qui s’est tue -

    qui a laissé, sans un bruit, tomber son corps sur le bord d’une route

     

    je suis une étoile qui depuis s’éviscère

    avec pour toujours gravée : la consistance de la lumière qui tombait par la fenêtre


    votre commentaire
  • cinq fois 

    c’est le nombre de jours où je vais devoir m’harnacher de courage,

    empoigner mon vélo et courir sur les toits de lausanne,

    rouler de la montagne à l’eau, d’une traite ;

     

    cinq fois

    c’est le nombre de fois où je vais franchir la grande porte rouge,

    sauter à travers les cerceaux enflammés des biologistes aphones,

    jongler avec leurs réponses qui n’ont plus de sens ;

     

    cinq fois, et puis ce sera fini –

     

    enfin je vais pouvoir clôturer les cinq dernières années

    emballer ce temps précieux, ce temps passé,

    et le laisser, archivé, dans un coin de mon crâne

     

    de mes cinq années de non-ingénieure 

    je retire un amour immense pour les mathématiques, la logique, tout ce qui s’embrique et se dérive selon des règles fixes

    je repars avec cinq amis : le doux-ami, violette mon moineau, le garçon myosotis, l’ami bleu-gyrophare et le chimiste fou, bicéphale

    je m’échappe avec une maturité folle ; et, glissée dans la même certitude, ce savoir que je suis capable d’apprendre bien plus encore 

     

    de mes cinq années de non-ingénieure

    je rentre avec du cambouis plein les mains, et le son des clés qui tintent contre l’alu

    (la poésie de la peau froide qui se déchire sur le métal – mes amours de bicyclettes)

    je m’éclipse avec la gratitude d’avoir trouvé où aller, avec l’euphorie de me savoir partir

    je m’éloigne le dos cousu de cicatrices, le corps racommodé, des sparadraps plein les cheveux, les yeux à demi-clos ;

     

    de mes cinq années de non-ingénieure

    je m’évapore sans un au revoir

    simplement, je vous quitte


    votre commentaire