• la liste des petits bonheurs:

    la marmotte qui dort sur mon drap comme une bouillotte domestique

    claude et les quarante-quatre salutations hebdomadaires à la fissure

    mon destrier mécanique à la chaîne huilée et aux mollets apprivoisés

    la douceur du sommeil

    les poèmes qui se tissent avec d'autres (qui se teintent d'ailleurs)

    les wagons de couleur qu'on empile joyeusement pendant une heure

    les mots doux glissés aux plantes nouvellement accueillies

    faire glisser le sable dans les espaces entre les pavés les pieds nus

    marcher dans la forêt avec l'excitation au bout de la laisse

    la douceur de la fuite


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  • j'ai la communication compliquée par les angoisses

    une boule d'aiguilles en travers de l'oesophage

    des oursins domestiques glissés entre les côtes

    tenir debout est une épreuve

    vivre est une victoire


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  • au bout de combien de cerises

    cette maison-là ne sera plus la mienne

    tu sais?

     

    il est arrivé aujourd'hui

    (dans cette journée sensible d'absence, d'effacement du monde)

    que je me retrouve

    la fenêtre ouverte

    les cheveux au vent

    enveloppée dans les bras de la carcasse métallique

    à passer devant ces champs si familiers

    aux coquelicots placés ça et là, depuis toujours.

     

    j'étais perdue dans mes pensées amères-douces

    pendant que mon corps déjà se projetait au prochain virage

    que nous n'avons pas pris

     

    la soudaine réalisation

    j'ai posé un pied en-dehors de mes pensées

    pour me rendre compte que nous n'allions pas

    rentrer

    puisque la maison jaune

    n'est plus la nôtre

     

    d'autres vivent en son ventre

    d'autres habitent en son sein

    d'autres que moi, qui n'y vit plus

    depuis au moins mille années

     

    au bout de

    combien de cerises

    cette maison-là

    ne sera

    plus la mienne

    tu sais?


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  • tu sais parfois je me raconte

    quand je suis allongée dans le lit de mes amours

    il y fait chaud, et lourd, et suave, et l'air y est rare

    et douloureux à respirer

     

    dans le lit de mes amours, quand l'oxygène s'en égare

    je me parle tout bas, à environ trois décibels de l'audible 

    je me chuchote que la vie est belle, et douce, et admirable

    comme si je pouvais le croire

    - tout est plus crédible quand l'aurore n'est encore qu'un songe -

    je me prends par la main pour me raccompagner jusqu'au sommeil

    et sur la route je me berce

    je me murmure que l'existence est possible, faisable, une beauté

    une beauté quelque part

     

    je dresse mes paupières pour ne se fermer qu'une fois l'espoir avalé

    et dans la nuit rugueuse, et âpre, et rêche, et piquante-coupante

    je me rendors 


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