• (jour 27)

     

    alors ça ne sert à rien, les prières et les lettres

    alors ça ne sert à rien

    c’est inutile le papier

    les lettres à l’absente qui ne reviendra pas. basculé de l’autre côté le moineau

    c’est inutile les lettres inutile les prières

    inutile puisqu’elle ne lira plus

    les cellules ont dit : on lâche l’affaire et soudainement le coeur qui lâche

    à quoi ont servi les lettres ?

    inutiles, puisqu’elles ne seront pas lues

    alors ça ne sert à

    r i e n

    les prières et les lettres

     

    Mamie, je t’aime tant, pourquoi meurs-tu ?


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  • (jour 26)

    une maille à l’endroit
    les hommes ne nous font jamais
    une maille à l’envers
    tout le mal qu’ils pourraient

    Ma Mamie-moineau, te souviens-tu, la laine bleue à peluche et la beige un peu rêche; les grandes aiguilles en fer bleues et celles en bambou sur lesquelles les mailles glissaient; je me rappelle tripler sans le vouloir de rang en rang mon nombre de mailles et accourir vers toi pour que tu sauves mon ouvrage : je tricotais des écharpes en forme de vagues en duo avec tes mains habiles qui n’avaient même pas besoin d’un regard pour s’occuper des aiguilles.
    Ma Mamie-moineau, ne t’en fais pas, je m’en souviendrai pour toi, une maille à l’envers, une à l’endroit, point de riz, ma mamie au coeur de mousse, que de kilomètres de jersey j’ai tricoté à tes côtés en néophyte malhabile. Toujours tes mains pour dénouer mes erreurs.
    Mamie-moineau, de nos souvenirs et de nos tricots j’ai fait un tas de cendres; de colère, j’ai frappé dedans. Jamais plus tu ne m’apprendras à tricoter, alors qu’avec le temps, j’ai oublié. Moi qui étais si fière de ce talent que petite fille je jugeais extraordinaire.

    Je t’aime tant,
    s’il-te-plaît, reviens

    Clara


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  • (jour 25)

    la princesse au petit féminin

    Mamie, ma douce Mamie, tu vas mourir et je ne peux rien y faire, sinon me gorger d’une immense tristesse et profiter de chaque seconde qu’on passe vivantes dans le même monde. Mamie, ma douce Mamie, tu n’es plus vivante mais tu n’es pas encore morte; tu nous laisses dans l’attente de te voir basculer d’un côté ou de l’autre.
    Cette attente est douloureuse, et m’est très douloureuse. Je pleure le moindre de tes soupirs, le plus petit de tes gestes, chacun de tes bilans de santé où tu valses avec le zéro pointé. Je pleure chaque étape de la mort sur toi, la perte de tes jambes, de tes reins, de ta voix. Je pleure chaque mot que j’entends sur toi car ils m’inquiètent tous. Je pleure déjà toute ta vie parce que j’ai l’impression que les dés sont jetés et que l’on t’a perdue.
    Ma Mamie-moineau, j’ai l’impression de t’enterrer sous mes mots alors qu’il est peut-être trop tôt, peut-être trop tôt, personne ne peut le dire. Peut-être vas-tu vivre encore quelques belles années si des tuyaux on te décroche, personne ne peut le dire. Pourquoi te pleurer avant l’heure ?
    Dans mes oreilles flashent : ils ont l’air plutôt pessimistes elle n’arrive plus à parler ton père ne pourra pas revenir au cas où maman est déjà redescendue au puy et tatie qui pleure ses soeurs la veillent chacune à leur tour elle est juste très très fatiguée elle vous embrasse.
    Mamie, j’essaye de respirer mais mes poumons se brisent à chaque fois que je t’imagine dans ton lit d’hôpital d’où on n’ose plus te sortir, princesse au petit pois qui ne se réveillera pas malgré les énormes tuyaux glissés sous ton matelas, Mamie, j’essaye de respirer et de ne pas t’imaginer déjà morte, Mamie, j’essaye de respirer pour supporter l’attente qui me perfore le corps, j’ai peur de t’avoir déjà perdue; tous les matins je me réveille en me demandant si tu es toujours vivante ou fraîchement morte; tous les soirs je désespère de cette attente insupportable.
    Mamie, on attend tous ton choix dans une très grande tristesse. On espère tous te revoir de l’autre côté du rideau de tuyaux, parmi les vivants, qui parlent et qui marchent. Je t’espère tellement fort. Mais peut-être que quand tu auras choisi tu seras morte. L’attente est insoutenable.

    Mamie-moineau au coeur de mousse, je ne pense qu’à toi.

    Reviens vite, tu me manques,
    Clara


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  • (jour 24)

    vagues

    sais-tu qu’au plafond de l’homme rouge et blanc se cachent dans une fissure les figures de la femme qui dort et de la femme qui jouit ? Elles cèdent la place à l’éléphant dans un boa du petit prince, et à chaque fois que l’homme tâché au sourire qui m’apprivoise me dit relâche tes hanches, je pars en voyage sur la planète aux 44 couchers de soleil que j’associe à toi qui mange les pâquerettes par la racine pour peu que ces fleurs développent un véritable système racinaire ce qui n’est pas assuré me dis-je en tentant la relaxation du mollet; la femme qui dort et la femme qui jouit sont deux personnages très timides, qui ne se laissent découvrir que sous un certain angle et jamais je n’ai osé les présenter à quiconque, car dès que je propose de fêter l’anniversaire d’une maison on me regarde de travers, alors si je présentais toutes les fissures que je rencontre je peux vous dire que ça ferait du grabuge. Et pourtant je suis sûre que le monde y gagnerait à apprendre à dompter les vagues englouties par la pierre; après tout, nous ne sommes que des grains de sable face à l’immensité de l’univers, statues figées vis-à-vis du gigantisme du temps - alors je discute avec la femme qui dort et celle qui jouit puisque demain aucune de nous trois ne sera; et puis aussi un peu avec le boa. Ça ne fait pas de mal. Et puis la méditation passe plus vite, après 44 salutations à la fissure.


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