• Le musée du rêve

    on y est allés la dernière fois

    mais si

    avec ta tante

    tu te souviens

    c’était le jour de

    c’était un peu

    et dans le même temps très

    oui exactement !

    Exactement comme

    hu-hum.

    Hein ?

    Non, pas tellement

    un peu plus comme si

    Il y avait

    enfin pas de

    mais très légèrement

    tu m’avais dit quelque chose comme

    et je t’avais répondu

    mais si !

    Ça m’étonne vraiment que

    si seulement tu

    je sais que

    mais il n’y avait pas de

    ou à peine

    ou si peu

    Le musée du rêve

    tu te souviens

    moi je m’en souviens

    tu faisais comme si de rien

    alors que tout.


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  • Après son départ c'était comme si le silence s’était glissé dans mes tympans pour obstruer le monde. Il y avait les amis-chapeaux, les amis-fumée, les amis-joyeux qui criaient et riaient, mais dans ma tête juste le silence. Nous étions assis dans le noir de l’orage qui s’annonçait, quelques gouttes jouaient à qui tombera la première, le vent a commencé à caresser mes bras nus, mais dans ma tête juste le silence. Les amis-jolis tournaient et tournaient et buvaient et grognaient et le train est arrivé en tournoyant et le vélo est parti-minuit dans la pluie ; après son départ, c’était comme si mais dans ma tête juste le silence. Mais dans ma tête juste le silence. L’huile et l’eau ont joué à cache-cache mystère et à je te bois tu ne bois pas ma bière, les amis-flamboyants criaient et criaient et rigolaient et juxtaposaient de plus en plus fort, leurs mâchoires s’ouvraient de plus en plus grandes, leurs corps s’affaissaient et s’affaissaient et ricochaient et quand le vélo s’est enfoncé dans la nuit-minuit dans ma tête juste le silence. Mais dans ma tête juste le silence. Après son départ c’était comme. Comme. Comme. Gommé, le vélo-volé dans la nuit des enfumés. Gommé, le maillot-envolé dans la pluie orageuse des étés fâchés. Dans ma tête juste le silence. Les amis-jungle sautaient d’arbre en arbre et hurlaient de plus en plus fort, leurs poumons éclataient de plus en plus grands, leurs bras s’allongeaient et s’allongeaient et se déchiraient, leurs corps enfoncés dans la terre humide de nuit, mais le silence dans mes tympans obstruait le monde, mais dans ma tête juste le silence. Après son départ c’était comme mais dans ma tête juste le silence.


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  • J’ai appris aujourd’hui

    - enfin, il est si tard, peut-être bien que c’était hier tu sais -

    appris beaucoup de choses

    sur moi ;

    j’ai essayé de réfléchir,

    un peu,

    parce que je ne veux pas emporter cette glue de sentiments au bord de la bleue.

    Je me suis posée face à la feuille et

    très honnêtement

    j’ai demandé

    qu’est-ce qui ne va pas Clara ?

    Pourquoi es-tu si triste ?

    Qu’est-ce qui t’empêche de vivre ?

    Qu’est-ce qui t’empêche de vivre ?

    Et la feuille a répondu

    - après quelques larmes bien entendu -

    mon comportement actuel est biaisé et blessé en partie par cette envie de succès

    qui assèche mon cœur et le fait souffrir puisqu’elle n’est pas comblée.

    J’ai besoin de réussir

    depuis toute petite

    pour avoir le très bien de la maîtresse

    le très bien de mes parents

    pour avoir la gommette, le petit tampon, l’appréciation, la parole

    qui me fera sentir comme une case cochée

    - j’ai besoin d’être une case cochée

    parce que je n’ai pas encore compris que je n’avais pas besoin de l’être –

    alors,

    pour faire comme si,

    pour lutter contre l’abominable échec des neiges,

    je me dis que j’ai réussi la moitié de ce que je souhaitais accomplir,

    que c’est mieux que de ne rien réussir du tout

    - mais je sais qu’il me pèse de ne pas avoir TOUT réussi TRES BIEN du PREMIER COUP -

    comme d’habitude tu vois.

    Je tente le succès partiel pour me consoler me réconforter

    mais tout de même

    ça gratte

    un peu

    et ça m’attriste

    - et ça m’attriste que ça m’attriste

    mais là je m’éloigne.

    J'ai appris aussi que

    je voudrais être capable de régler mes difficultés de manière autonome

    ça c’est une autre envie ;

    tu sais, le fantasme de savoir gérer sa vie comme les grands

    avec des gestes de grand une voix de grand des réflexions de grand

    - pas mes émotions de petite fille qui floutent et fluctuent et débordent tout le temps -

    Je voudrais de la détermination

    oublier mes états d’âme qui virent au pathétique,

    je voudrais de l’objectivité, regarder les actes droit dans les yeux,

    devenir petit à petit autonome

    - bien que je connaisse l’importance des tuteurs et doute d’être capable de réfléchir un jour sans l’aide aucune des ces interrupteurs à penser -

    satisfaire mes besoins sans être dérangée ;

    - face au stress, je me réfugie très facilement dans mes endroits confortables, dans mes petites habitudes ou dans la douceur de ne rien faire,

    je voudrais arriver à me reprendre en main,

    me sortir de cette immobilité inconfortable

    dans laquelle je

    me complais

    en espérant que le temps passe et l’emporte au loin.

    Je me sens enchaînée, attachée aux journées qui traînassent, alors que rien ne me retient de faire ce que le soleil me dictera.

    J'ai mis en mots que

    mes doutes et mes angoisses prennent beaucoup de place et m’empêchent de

    communiquer efficacement,

    voir de communiquer tout court.

    Cette difficulté à parler me rend encore plus triste,

    parce que dans l'état d’esprit qui est le mien actuellement

    j’ai besoin d’encore plus d’amour et d'amour et d'amour

    que d’habitude.

     

    J'ai appris que

    mes angoisses m’angoissent.

     

    J’ai du mal à arrêter de penser, à me séparer de cette négativité dont je m’entoure sans en vouloir.

     

    Je sais que la situation changera dès que j’aurais le courage de m’attaquer à cette sensibilité interne qui m’étouffe et me vide peu à peu de toute ma substance.

    Mais peut-être que ce sera pour demain.

    L’encre frisotte, c’est l’heure pour le papier et la petite fille d’aller dompter la lune.


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  • Tendre Tom,

    Ne te fais donc pas tant de soucis, tu sais que tout va bien. Si ce n’était pas le cas, tu n’aurais même plus à m’écrire ces lettres tordues d’angoisse puisque je passerais mes journées cachée sous tes draps. Tout va bien, excepté cette foutue météo sentimentale qui fluctue, mais la tendance générale est à la répression de la dépression ; de fortes pluies s’abattent toujours sur mes plantations de paupières ciliées, mais bon, nous aurons quelques pensées bien gorgées d’eau à déguster cet été et puis c'est tout, que veux-tu ? Il leur faudrait bien du soleil pour se sucrer un peu la panse, mais cet imbécile fait le difficile-timide. Pour tenter de l’appâter, j’ai même acheté des chaussures jaunes –comme la veste déchirée artefact d'un autre temps– et mis des paillettes sur mes yeux et même de l’amour en pommade sur mes cicatrices –internes ET externes, j’ai fait les choses bien– : rien à faire.

    J’espère que de ton côté de la planète ton monde vire toujours à l’ouest, que ta boussole a perdu le nord et que tu cherches encore les étoiles –tu sais, je t’ai toujours préféré en marin échoué et échevelé que dans ton costume de plagiste trop bronzé. Peut-être même que si tu te perds assez, nous finirons par nous retrouver ?

    Je te souhaite beaucoup de baisers sablés-salés,

    tendresse,

    Louise

     

    (PS : si jamais tu as trouvé le soleil, m’en enverras-tu un bout dans ta prochaine lettre ? Tu peux l'adresser à Marc, il saura où me trouver.)


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