• les lettres à l'indienne

     

    j'écris des lettres indiennes - avec mes salutations distinguées, avec des chers Messieurs à droite et des chères Mesdames à gauche - j'écris des lettres indiennes pour oublier que je ne veux plus écrire pour moi - parce qu'à quoi bon, à quoi bon au fond - pour le rythme oui mais la relecture est amère (souvent) et grinçante (toujours) et douloureuse (parfois)

    j'écris des lettres à la plume parce qu'en soufflant dessus elles s'envolent - elles n'ont pas la lourdeur de l'encre ces lettres-là, la paresse de se couler dans le papier; plutôt elles s'étirent et se tirent sans destinataire - je ne veux même plus m'écrire, fantôme illucide
    - parce que quoi me dire, quoi me dire au fond - je n'aime ni me relire ni me souvenir

    et dans l'air je trace les grandes courbatures, l'immense calligraphie du creux que j'aperçois parfois dans tes yeux

    mes lettres sont sans sens, girouettes égoïstes, elles se décalent parfois d'une ligne à l'autre et j'ai tout perdu, la bonté la beauté le sourire en flacon pour les grandes occasions la logique grammaticale la concordance des temps
    - mais à quoi bon au fond, à quoi bon -

    mes lettres n'ont qu'un sens finalement, elles se déguisent gustatives, se laissent savourer dans l'espace vide que tu oses,
    et doucement elles prennent le goût de l'amertume, l'amer tune, sur les papilles en creux, une bitterness à l'odeur de bitume qui s'accentue les jours de brume, quand je m'étouffe avec mes lettres à moitié gercées qui me percent les poumons juste au fond

    ~

     

    Victoria Siemer

    « les dents qui piquentFleck Jay »

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