• (jour 20)

    (jour 20)

    décris QUELQU’UN comme un PAYSAGE
    ECRIS à quelqu’un DANS un paysage

    Mamie, ma douce mamie, je t’écris parce que j’ai peur que tu n’existes déjà plus.

    Tu ressembles au camping - j’y ai passé mes 19 premiers étés, seul le 20ème m’aura trouvée de l’autre côté de l’atlantique. J’y ai passé certains de mes plus beaux juillets : où à chaque jour est cousu un souvenir au goût de sable et de lavande.
    Plus jeune, j’y avais des amis de toujours, juilletistes consacrés, qu’il me tardait de revoir dès les bagages pliés. J’ai appris à marcher dans ces criques et j’ai aimé derrière ces rochers.
    Plus vieille, je me suis sentie à l’étroit dans ma tente, j’ai appris l’été la nuit, à la sauvage, j’ai dressé des sangliers et fait couler entre mes orteils des litres et des litres de sable glacé. Je n’avais plus cette envie de revenir dès mon départ car je ne retrouvais plus entre mes amis et moi cette alchimie des jeunes années.
    Cette année je n’ai pas vu le camping, et le camping a brûlé. Des oliviers centenaires et des chênes-lièges ne restent que des cendres et des troncs maigres et calcinés. Je n’ai plus envie de revenir l’été prochain parce que je sais que jamais je ne retrouverai le même endroit que dans mes souvenirs, et cette distinction entre ce lieu dans ma mémoire et ce lieu sous mes yeux - c’est le même mais ce n’est plus le même - me déchire.

    Mamie, ma douce mamie, tu ressembles au camping. J’ai passé dans tes bras mes 19 premiers étés, seul le 20ème m’aura trouvée sur l’autre face de l’océan. Tu jouer le premier rôle dans certains de mes plus beaux souvenirs : tu y as l’odeur de citronnelle et de lavande.
    Plus jeunes, nous étions deux juilletistes éternelles, et il me tardait de te revoir dès les bagages bouclés. J’ai appris à marcher sur tes pieds et je t’ai aimée chaque jour un peu plus.
    Plus vieille, à l’étroit dans nos étés bien rangés, j’ai appris à rendre les fermetures éclair de ma tente silencieuses et j’allais danser la salsa avec la mer et l’absence de toi. Moi je grandissais et toi tu as vieilli sans que je ne te regarde. Tu as vieilli et je ne m’en suis pas rendue compte.
    Je n’avais plus hâte de revenir dès mon départ parce que tu n’avais plus la même énergie, mes rêves trop grands pour ton âge, et ça me blessait que tu ne puisses plus bouger avec la même facilité.
    Cette année je ne t’ai pas vue mamie, et mamie tu as brûlé. Ton incendie la chimiothérapie; tes reins en miette, ton estomac en morceaux et le feu qui court sous ta peau. Ma Mamie estompée, tu ne sais plus parler sans te fatiguer, et dans ton corps maigre mes souvenirs ne rendent plus d’écho. Je n’ai plus envie de te voir parce que je sais que la personne que je rencontrerai n’est plus la même que celle que je connais - tu es la même mais tu n’es plus la même - et je me déchire. 

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