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    Pour certains, certaines aussi, l'horoscope, c'est très important, l'astrologie, ça te détermine un chemin de vie. Moi j'suis verseau, mais je me suis toujours demandé si je ne pourrais pas être un peu poisson des fois, un peu cancer aussi (on ne sait jamais, celui du poumon ou des poètes), même si je rêve en petits bouts de sagittaire mais ils ont l'air loin de moi les sagittaires, balance ça se rapproche déjà plus des verseau, tu ne trouves pas, car tu la pèse bien ton eau avant de la rajouter dans la préparation du sorbet au citron, et puis je me demandais, est-ce que je ne pourrais pas être un peu fontaine aussi, ça sonne mieux fontaine non, plutôt que verseau, c'est plus harmonieux, plus doux un peu - et je me rappelle (de cet homme qui voulait de nouveau ses 24 ans) je me rappelle de sa mamie, au poète-longue-distance, de sa mamie pour qui ton signe astrologique définissait ta vie, et elle racontait, les scorpions, tu n'y touches pas, c'est la peste, c'est un dos que tu tends aux couteaux que de t'approcher des scorpions, surtout, ne leur donne jamais ta confiance, et moi j'étais perdue, un peu trahie, mais, madame, ma mère est scorpion, comme mon papi et mes cousines et mon grand-père et même mon oncle, et enfin, ma mère madame, vous voulez que je me défie de ma mère, mais qu'importe qu'elle soit scorpion, balance ou fontaine ! La famille, elle passe avant la naissance, quand bien même elle serait cancer ou mante religieuse, ma mère madame, c'est ma mère, mon amour de toujours pour toujours, qu'importe qu'elle soit couteau ou sagittaire, pourvu que ce soit du dos de la lame qu'elle caresse mes joues, jusqu'au bout du monde je la suivrai ma mère, les yeux fermés, les bras grands ouverts.

    ~

    Jour 55 - Zodiaque

     

    Image : Grigor Atanasov


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  • Arrivés au débarcadère, excités comme des puces, Geek et Plant Lady balbutient de plaisir à l'idée de ce premier voyage en duo.

    La petite pancarte derrière le comptoir des hôtesses aura eu prématurément raison de leur enthousiasme juvénile... Mais que fait-on ? se demandent nos deux tourtereaux, désemparés, en se mangeant des yeux. N'importe, qu'en sais-je ? Geek va retourner détricoter sa maison d'enfance pendant que Plant Lady ira repiquer de vieux poèmes, espérant faire de la bouture poétique.

    L'année prochaine, le voyage.


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  • "Et tout ce temps que je passe / assis à la même place / juste à bouger les yeux /
    avec mes vielles rengaines / et mon écharpe de laine / même quand le ciel est tout bleu"

    Les paroles de toujours qui collent à la peau comme des miroirs mordus. Le nuage me manque, mais la paisible atmosphère de son absence me plaît. Passive, je parcours les jours sans lui en essuyant d'un revers de poème le petit trou entre les côtes.

    (les intercostaux qui se tordent comme des vers en crachant dans le lit vide)

    J'ai construit un puzzle avec l'affectif rond, à deux pièces, lui, moi, et puis un peu les JO, et puis un peu la maison vide, et puis beaucoup d'amour, pour coller les morceaux entre eux, tu sais, le ciment familial, tout ça, l'amour de toujours pour toujours, les promesses du père, habituelles;

    mais son "je t'aime" minuscule, de dos, caché dans une caresse de non-anniversaire, mais sa pudeur aimante m'a labouré le coeur tout en profondeur - mais rien mais je t'aime, dans les cratères du myocarde, depuis ton sourire de timide, l'amour y coule à flot.

     

    (paroles Francis Cabrel)


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  • Panem et Circenses,

    de vieux mots poussiéreux qui me rappellent de vieux cours de latin,

    qui eux-même me rappellent un très vieux lion cousu dans la pierre,

    enfoui dans le ventre rond de Lucerne, la ville-amour aux yeux de blés verts;

    c'est un vieux lion couvert de mousse, de sommeil et de latin

    que l'allemand surpris m'a vu déchiffrer du bout du coeur

    tu parles le latin il me demande

    j'ai l'attrait des choses immobiles

    (inutiles)

    je lui réponds;

     

    le vieux lion des vieux cirques, qui ne rugit plus par paresse,

    dont la crinière ploie sous les vertèbres pointues des caravanes;

     

    le vieux lion des vieux souvenirs, qui ne rugit plus par oubli,

    à l'odeur de mamie poudrée, de paille fanée et de barbe-à-papa oubliée;

     

    il s'est trouvé une jolie place, le lion, accroché par les paupières à la pierre moussue qui le caresse

    presque comme un enfant - mais il est l'enfant de Lucerne maintenant;

     

    le lion vieilli odeur de mamie et de latin

    (qui rugit encore souvent dans mes sourires de petite fille)

    immobile,

    inutile,

    assoupi sur le grand mur aux arêtes pointues.


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