• 2.05

     

     sur les pages épaisses criblées de tous petits points gris là je peux écrire à l'encre bleue bleue sans percer le papier (même si les mots sont très lourds très lourds la page tient le coup elle cache tout sous sa peau pastelle tachetée)

     

    sur les pages blanches blanches fines il faut écrire l'amitié (toujours) l'amitié fine il ne faut pas écrire sur l'épine qui se plante dedans mes jours il ne faut pas écrire sur le chardon qui me déchire l'amitié il faut juste écrire le mot amitié en attaché en italique sans se poser de questions sur nos liens posthumes il faut écrire l'amitié avec des stylos à l'eau (puisqu'on n'aura jamais le parfum des toujours quand sur ta main tu promènes mon sang dans de petites béquilles) il faut écrire l'amitié avec des stylos à l'eau suffisamment claire pour ne pas déchirer le papier affamé par le manque cruel d'amour (pourquoi tu ne te confies plus à moi?)

     

    sur l'ordinateur gris le tout petit petit au clavier si confortable au clavier en forme de canapé (j'ai écrit tant de poèmes sur ces touches tant de pages tu me dis cinq cents je te dis mille j'ai écrit plus de mille milliards de poèmes) sur l'ordinateur gris il faut écrire en automatique comme une machine à écrire fantôme (mais je suis une machine à écrire fantôme, moulue de pièces rouillées parfois j'écris en boucle seules certaines touches sont disponibles à mes pensées empêtrées dans de mauvais réflexes)

     

    sur la peau il faut écrire à l'eau de mer (lâcher la culpabilité arrêter d'écrire pour de vrai sur cette peau qui ne m'a jamais rien fait sinon oublier de cicatriser) il faut poser à l'eau salée les parfums des amours dans les creux de l'âme (le petit trou sous les intercostaux toujours le même tu le connais à force) (je me rappelle la force de l'incommensurable olympique pour me forcer à finir ce texte) il faut écrire à l'eau de larmes à l’eau de l’âme les morceaux d’humanité que l’on s’arrache pour arriver à continuer à faire semblant de vivre il ne faut plus tacher d’encre le bout des seins seulement du sel sur peau de marbre

     

    sur les cicatrices écrire avec une écharde écrire au feu de bois des mots feux follets brûlés embrasés à peine prononcés - sur les cicatrices enfumées il faut en finir avec ce parfum de souvenirs mélancolie rance qui colle à la peau il faut écrire au détergent de nouvelles amours il faut écrire à l'alcool coffre au pétrole dur de nouvelles manières d'aimer

    « 1.053.05 »

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